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  • Le Trésor

    mercredi 24 octobre 2012

    Caché au fond des caves, le caveau nommé « Trésor » a traversé le temps : chaque génération s’est attachée à mettre de côté les meilleures bouteilles et surtout a réussi à protéger ce vrai trésor des aléas de l’histoire. Chacune a ainsi préservé ces fragiles témoins de l’excellence de son travail, précieuses archives liquides reposant au plus profond des caves. Et ce dès l’origine avec les premiers flacons de la jeune Maison en 1834.

     

    Un choix très rare au 19ème siècle ! En effet il n’existait à l’époque aucun intérêt ni aucun marché pour les vieux millésimes et surtout les balbutiements de l’élaboration du Champagne ne permettaient pas de prévoir une évolution favorable au-delà d’une dizaine d’années de cave. Aujourd’hui la famille s’oblige à ne les déguster que très rarement afin de poursuivre l’œuvre visionnaire des générations précédentes et de transmettre ce Trésor unique.

     

    Ces vins sont conservés « sur pointe » c’est-à-dire tête en bas, avant dégorgement : ils n’ont donc eu aucun nouveau contact avec l’oxygène depuis la mise en bouteille ce qui favorise une maturation plus lente. Ils sont « bouchés liège » : malheureusement certains bouchons, toujours maintenus en place par une agrafe, vieillissent mal et laissent les vins s’abîmer. Le plus souvent, bien que réduits à une cheville très dure, ils remplissent toujours leur office et, après un débouchage très délicat, dévoilent des vins remarquables.

     

    L’évolution sur plusieurs dizaines d’années est secrète et propre à chaque cuvée, et même à chaque bouteille : les arômes sont plus corsés, les personnalités s’affirment fortement, tout en s’enrichissant d’une complexité infinie et de subtiles variations. Seuls les Champagnes à la structure solide et harmonieuse développent ces qualités sur le très long terme : ils sont très souvent extraordinaires et parfois fabuleux.

    Les déguster procure d’intenses émotions : Michel Dovaz et Richard Juhlin, deux journalistes renommés, qui ont eu la chance de déguster quelques-uns de ces très vieux Champagnes Boizel, témoignent ainsi :

     

    Richard Juhlin (dégusté en 1995) :

    – 1961 : un très grand Champagne 96 / 100 points : nuance très claire et vert scintillant dans la robe. Typique du millésime avec sa touche évidente de truffes soutenue par un bouquet aux nuances torréfiées et balsamiques.

     

    Michel Dovaz (dégustés en avril 1998) :

    – 1945 : grand vin de caractère, fondu et concentré sans être marqué par son âge.

    – 1929 : après 69 années, le gaz est toujours présent, la robe d’or soutenue n’est nullement ambrée. Pain grillé, dense sans être gras, agrume fondu très mûr, homogène, finale harmonieuse et longue. Un Champagne hors du temps sans l’ombre d’une amorce de madérisation.

     

    Evelyne Roques-Boizel :

    « J’ai eu le privilège de goûter une seule fois le 1900 : étonnant de fraîcheur au premier nez avec une explosion d’arômes torréfiés, très corsé à la première gorgée… mais le vin a bruni à vue d’œil dans les flûtes et s’est évanoui en quelques minutes. Le 1929, un pur Chardonnay, est une merveille inoubliable : un client s’était même agenouillé pour le déguster.

    Mon préféré serait peut-être le 1959 : un très grand vin alliant encore aujourd’hui fraîcheur, puissance et subtilité. Je me souviens d’avoir accompagné mon père sur les pressoirs par des chaleurs incroyables pour septembre. Mon père a d’ailleurs noté dans le livre de vendanges et d’assemblage (dont le plus ancien conservé remonte à 1871) : « Vendanges débutant le 12 septembre après un été extraordinaire : pas d’eau et soleil continu depuis le mois de mai. Maturité parfaite ».

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